Comment Ladilae a fait semblant de résister 30 secondes à Pokémon Go

A moins de vivre sous un rocher, au fond d’une grotte située au milieu de nulle part, impossible de passer à côté de la déferlante Pokémon go. Mais comment expliquer un tel succès ? Revenons un peu en arrière.

C’est le japonais Satoshi Tajiri qui créé l’univers, s’inspirant de son élevage de criquets. Il imagine alors un monde où les animaux seraient dotés de capacités extraordinaires et vivraient en harmonie avec les humains. Le premier jeu vidéo, intitulé Pocket Monster, sort en 1996, sur Game boy, au Japon et dépasse toutes les espérances avec quelques 10 millions de ventes. En 1998, le jeu est renommé Pokémon (contraction de Pocket Monster) et sort aux États-Unis sous diverses formes : les jeux Game boy Pokémon rouge et Pokémon bleu, le dessin animé Pokémon Indigo league et un jeu de cartes à jouer. Le jeu arrive en 1999 en Europe. Aujourd’hui encore, il apparaît dans les classements des meilleurs jeux vidéos.

A l’époque, je suis une petite Ladilae de 13 ans et comme pour des centaines, des milliers, voire des millions d’enfants, Pokémon devient mon jeu préféré. Mon petit frère, du haut de ses 8 ans, est également atteint de pokémania. On passe notre temps rivés sur l’écran de notre Game boy, se partageant les jeux. Je prends la version bleue, il prend la version rouge. On joue ensemble, on discute stratégie, on échange nos pokémons. On veut arriver au bout, on cherche à faire évoluer le plus possible nos petites créatures, à capturer les légendaires… On regarde le dessin animé et on connaît le générique par coeur. Mon frère collectionne les cartes. Bref, on est fans.  Quand le premier film sort, on y va. Il n’y a pas de question à se poser. Juste à harceler nos parents jusqu’à ce qu’ils nous y emmènent. Bien sûr, quand la seconde génération débarque, on recommence. On se partage les jeux : je prends Pokémon argent et laisse Pokémon or à mon frère.

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Mais on grandit et on s’intéresse à d’autres jeux. Depuis, on a peu à peu délaissé l’univers. Il reste cependant un des plus importants de notre enfance/adolescence. Je regarde avec nostalgie et tendresse mon neveu de huit ans, pris de la même passion. Il me montre ses jeux, ses cartes, me décrit les pouvoirs des nouveaux Pokémons que je ne connais pas. C’est drôle de voir le jeu avoir la même emprise sur une autre génération.

Quand on entend parler de Pokémon Go et de réalité augmentée, comment résister ? J’essaie en tout cas. Je veux attendre la sortie officielle. Alors je regarde les infos et je constate le raz-de-marée que cela provoque un peu partout dans le monde. Mon frère, lui, a déjà téléchargé l’appli et décide de me faire passer du côté obscur. Bien que le jeu ne soit pas sorti en France, une chasse est organisée le 14 juillet dans les jardins du Luxembourg sur Facebook. Quelques 4 300 apprentis dresseurs disent y participer. Presque 12 000 sélectionnent “s’y intéressent”. La préfecture de police intervient et interdit le regroupement. Cela n’arrête pas les joueurs, qui s’y retrouvent. C’est aussi le jour où je cède et où je reprends ma casquette de dresseuse.

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Je découvre la carte et les différents éléments qui la composent. Les pokéstops, où je dois remplir mon sac à dos de pokéballs indispensables à la capture de pokémons mais aussi de divers objets qui me seront nécessaires par la suite. Les arènes, ces lieux accessibles aux dresseurs de niveau 5 minimum et où les joueurs s’affrontent. J’y reviendrai un peu plus tard. Le radar, qui me permet de savoir où sont les pokémons en fonction du nombre de pas indiqués sous eux. (Depuis quelques jours, le bug des 3 pas agace les joueurs. Le radar est en rade et tous les pokémons semblent être à trois pas).

Le premier pokémon apparaît, chez moi, tranquille, pépère. Un petit Soporifik. Un lancer de pokéball, et hop, le voilà capturé. Il faut bien lancer la balle en fonction de la proximité du pokémon. Si vous la lancez trop fort, elle ira trop loin. Pas assez, elle retombera devant vous. Vous pouvez vous essayer aux lancers avec effet, qui vous permettront de gagner plus de points d’expérience. Bref, tout ça pour dire que ce n’est pas si simple.

 

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Le lendemain, nous sommes le 15 juillet. Le jeu doit sortir officiellement mais suite à l’attentat de la nuit sur Nice, la Pokémon Company décide de repousser la date de sortie afin d’éviter de trop nombreux attroupements, comme on en a vu dans d’autres pays.

Je profite d’une course pour faire ma première mini chasse et je croise mon premier joueur, autre que mon frère, ma belle-soeur et moi. Arrêtée devant un pokéstop, un type surgit devant moi :
      –   Il y a un Carapuce, juste dans la rue à gauche.
Je le remercie et fonce vers mon but. Le Carapuce m’échappe malheureusement mais la rencontre me fait étrangement du bien. C’est bête, mais il fait beau, je suis dans la rue, je m’amuse comme une gosse et je parle à un inconnu sans crainte de me faire agressée. Dans le contexte, ça me met du baume au cœur.

Le dimanche suivant, je profite du beau temps pour rejoindre mon frère et sa famille. Armés de nos smartphones et nos batteries de secours, on va se balader dans un parc. Là encore, le jeu n’est pas encore sorti officiellement mais la grande moitié des personnes que nous croisons sont en chasse. On échange quelques sourires de connivence avec eux. Les jeux vidéos ont la mauvaise réputation de nuire au lien social. Pourtant, là, les gens se croisent et échangent quelques paroles alors qu’ils ne se connaissent pas. Il n’y a aucune inimitié, aucune arrière pensée. Juste un sentiment d’appartenance et la joie d’un moment partagé, simple et sans prise de tête.

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Quelques jours plus tard, j’accompagne Chidori pendant son jogging, parc de Saint Cloud. Pendant qu’elle court, Midori et moi la suivons. C’est ma seconde chasse, et j’ai bien l’intention de faire le plein de pokémons, et de faire éclore l’oeuf dans mon incubateur. Pour les faire naître, pas le choix : il faut marcher entre 2 et 10 km. Plus c’est long, plus le pokémon sera rare. J’ai commencé direct par le plus important : 10 km de marche sont nécessaires. J’ai aussi un autre but : j’ai enfin atteint le niveau 5, et j’attends avec impatience de tester mon premier combat en arène. Car les joueurs se divisent en trois équipes : l’équipe rouge Bravoure, l’équipe bleue Sagesse et l’équipe jaune Intuition. Bien sûr, j’ai choisi Gryffondor. Heu, pardon, Bravoure. Les différents groupes se disputent les arènes. Quand une nous appartient, on y place nos pokémons, qui seront ensuite gérés par l’intelligence artificielle, pour les défendre. Les arènes sont plus ou moins puissantes en fonction des victoires remportées et des défaites essuyées. Tout change, tout le temps. Je le vois sur mon radar. Autour de chez moi, les arènes n’appartiennent jamais longtemps à une équipe.

Mais revenons à notre jogging. Nous nous baladons d’un pas énergique et je m’arrête dès qu’un Pokémon surgit. Un Bulbizarre est dans le coin. A trois pas. Crétin de radar ! Je ne le trouve pas mais attrape des Otarias, des Magicarpes, des Staris, des tonnes de Roucouls, quelques Aspicots et Chenipans. La chasse est bonne. On en profite pour s’intéresser aux statues reconverties en Pokéstop. On y a jamais autant fait attention ! On les cherche, regarde comment elles se nomment. Elles ne font plus juste parties du paysage.

Puis arrive le moment attendu : je trouve une arène accessible. Entendez par-là que je peux prétendre échanger quelques coups avant de me faire laminer par les pokémons ennemis super-puissants. N’oublions pas que je ne suis que niveau 7 !
Alors que je me lance à l’assaut de l’arène bleue et que mes pokémons se font massacrer, quelqu’un m’interpelle.
–   Quelle équipe ?
Dur dur de répondre mais je lance un “rouge”. Lui est jaune, tout comme ses potes avec lui. Je perds le combat. Mais eux le remportent et l’arène change de main. La suivante est plus simple. Je bats mon premier pokémon ! Je n’ai pas le niveau pour vaincre les autres. L’arène reste bleue, mais je l’ai affaiblie et j’en suis toute fière !

Je n’ai pas vu les deux heures passées et je me sens bien. Vive Pokémon go !

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Depuis, le jeu n’est toujours pas sorti en France et les joueurs perdent patience. Cela fait une semaine que l’on nous promet qu’il sort demain. Il faut dire que la Pokémon company n’avait pas prévu un tel afflux de joueurs et que les serveurs sont à la traîne. Alors le marché français à de quoi effrayer. Surtout après l’arrivée des Japonais qui ont tout fait crasher. Mais peu importe, demain 24 juillet, des chasses géantes sont organisées dans toute la France. Il fait beau, les gens vont sortir, s’amuser, se parler.

Bien sûr, des accidents surviennent ici et là. Il y aura toujours quelques imbéciles pour vouloir attraper un Roucarnage au bord d’une falaise. Qu’est-ce qu’on y peut ? On est des millions à travers le monde à s’éclater grâce un jeu. Et en ce moment, on en a bien besoin. C’est peut-être aussi pour ça que Pokémon Go a créé un tel engouement.

C’est un article un peu plus personnel que les autres et j’espère qu’il vous a plu. N’hésitez pas à partager en commentaires votre ressenti, vos anecdotes.

Et je n’aurais que trois mots à dire en conclusion : Attrapez-les tous !

 miaouss
 ptittard

Ladilae

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