Fanservice or not fanservice ?

Récemment, nous avons découvert l’anime Yuri on Ice. En traînant sur Tumblr et autres, Chidori a remarqué le nombre croissant d’images issues du dessin animé. Elle a regardé un épisode, puis deux. Approfondissant ses recherches, elle a découvert que Yuri était inspiré du patineur Yuzuru Hanyu, qu’elle aimait bien, et a commencé à inonder notre boîte mail de vidéos de patinage artistique. Puis, nous avons toutes regardé l’anime. Ne nous le cachons pas, les beaux patineurs y sont pour beaucoup.

En surfant sur les réseaux, nous avons découvert qu’une fois de plus (nous avions déjà constaté le même clivage pour Free), deux camps s’affrontent. Il semblerait que pour certain(e)s, autres temps autres mœurs, avant nous regardions les animés de sport pour les performances plus que pour les personnages et que donc le fanservice (puisque c’est de cela qu’il s’agit) c’est le mal !

Ma première réflexion a été qu’avant, je ne regardais pas Jeanne et Serge pour mon amour du volley. Et encore moins Olive et Tom pour ma passion du foot. Pour ne citer qu’eux.

 
 

Puis, plus largement, je me suis demandée en quoi cela était mal de s’intéresser à un anime pour le fanservice ?

D’abord demandons-nous : qu’est-ce que le fanservice ?
D’après Wikipédia, le fanservice consiste à alimenter la passion des fans et leurs fantasmes avec des contenus digressifs ou superflus qui leur sont spécialement destinés, généralement par le biais de situations à forte connotation sexuelle ou érotique.

Au Japon, c’est assumé. Les scènes dans les onsen, les seins anormalement gros, les plans serrés sur les culottes des filles, le très célèbre costume de soubrette… Ce sont autant de codes que les auteurs de manga utilisent pour plaire au public. Personne ne voit de problème, au contraire.

En France, le fanservice a une connotation très négative, surtout quand il ne sert pas directement la population masculine. Comme si on ne pouvait pas raconter une histoire intéressante et faire du fan service. Le mot est très souvent utilisé comme une critique.

Mais alors, chercher à plaire à son public est-il mal ?  Le Japon est-il le seul à se servir de cet outil ? 

Et bien non ! Le fanservice, ce n’est pas seulement via des situations à connotations érotiques et on en voit partout ! Le plus courant est l’apparition de guest stars, ces célébrités qui s’immiscent dans une série le temps d’une brève apparition. Et ils sont pléthores ! Prenons Brad Pitt dans Friends, qui incarne brièvement le rôle d’un type que Rachel (Jennifer Aniston, alors toujours Madame Pitt) ne peut pas supporter. Ou Stephen Hawkins et Leonard Nimoy dans The Big Bang Theory….

Le fanservice, ce sont aussi des allusions à ce qu’il se passe dans le monde des fans. Ou des clins d’oeil, des situations, qui ne seront compris que par les fans. Le dernier en date est dans Gilmore Girls : A Year In The Life. Lorsque Lorelai (Lauren Graham) suit sa fille Rory lors d’une de ses enquêtes de terrain et se retrouve à interviewer une inconnue incarnée par Mae Whitman, la fangirl en moi était extatique. En effet, cette dernière incarnait il y a peu la fille du personnage interprété par Lauren Graham dans la série Parenthood.

De gauche à droite : Alexis Bledel (alias Rory, fille de Lorelai Gilmore dans Gilmore Girls) / Mae Whitman (alias Amber, fille de Sarah Braverman dans Parenthood) / Lauren Graham (Lorelai Gilmore dans Gilmore Girls et Sarah Braverman dans Parenthood)

On peut aussi citer Sheldon Cooper (The Big Bang Theory) qui porte des T-Shirt à l’effigie de Flash pendant que dans la série The Flash, Cisco arbore des t-shirt du show The Big Band Theory.

En y réfléchissant encore plus, je pourrais certainement trouver des tonnes et des tonnes d’exemples.

Tous ces petits gestes sont là pour satisfaire le public, pour faire plaisir. Ils sont là depuis toujours, et il n’y a bien que chez nous que cela semble avoir une connotation négative. Peut-être parce que l’on parle ici de l’industrie du divertissement et que l’on assume le fait d’être là pour raconter des histoires qui vont distraire le public, que cela soit dans une série, dans un livre ou dans un film. Cela ne veut pas dire que l’histoire va être négligée pour autant. Il est possible de faire les deux. Bien au contraire, il me semble que prendre en compte les fantasmes du public, ses envies, créent un lien entre les auteurs et les spectateurs/lecteurs, une sorte de communication entre les deux parties qui étaient jusque là chacun à un bout de la chaîne. Et le résultat est là : le public en veut plus.

Non, je crois que le vrai problème dans notre culture française, et bien c’est la culture. On a une très haute estime des arts. Que ce soit un livre, un film, ou une série, pour que l’oeuvre ait de bonnes critiques, il faut qu’elle soit réfléchie, qu’elle transmette un message profond, qu’elle nous fasse nous interroger sur nous-mêmes, sur le monde, sur les rapports entre être humains, etc.

Raconter ou lire une histoire juste pour le plaisir de s’évader, ce n’est pas bien vu. Les gens bien ne lisent pas de Musso ou de Lévy. Ils ne lisent pas non plus de bandes-dessinées (et je ne parle même pas des mangas !). On oublie trop souvent que ce que l’on nomme culture populaire (ou pop culture) fait aussi partie de la culture avec un C majuscule (on peut rappeler que ça ne date pas d’hier, ex. les romans feuilletons du 19eme).

Pour en revenir donc à Yuri on Ice, j’assume le côté fanservice. C’est bien à cause de tout le battage fait autour que je l’ai regardé. Et du coup, j’ai appris des choses sur le patinage artistique ! Tout comme j’ai appris des choses sur le basket en regardant Kuroko,… Après, libre à chaque spectateur de voir ce qu’ils souhaitent dans un animé (ou ailleurs). Les embrassades entre deux sportifs peuvent être repris par la communauté comme un rapprochement sentimental. Mais cela ne veut pas dire que cela en soit. Chaque match, chaque compétition, chaque rencontre plongent les athlètes dans un état de pression intense et il est très courant de les voir tomber dans les bras les uns des autres à la fin.

 

Encore une fois, libre à chacun d’apprécier une oeuvre comme il le souhaite. Et aux autres de tolérer cette liberté-là et sans mépris si possible.

Les commentaires sont clos.