Le yonkoma : 4 cases pour 1 histoire

Petite question : lisez-vous tous les « extras » des mangas ou vous concentrez-vous uniquement sur l’histoire principale ? Qu’entends-je par extras ? Ce sont les encarts qu’il y a entre deux chapitres, ou quelques fois à la fin du manga.  Ils peuvent représenter les personnages sur quelques cases, dans une sorte d’entracte. Ou le mangaka peut s’en servir pour se mettre en scène.

Le dessin est très souvent plus simple, les planches ne sont pas tramées, ou très peu, et le rythme de ces historiettes est souvent de quatre cases. Cela porte un nom : le yonkoma (4コマ漫画).

Ces yonkoma (littéralement « quatre cases ») sont très souvent humoristiques et servent à combler les pages blanches en fin de chapitre. N’en déplaise à Chidori, c’est sous l’influence des Américains, après la Seconde guerre mondiale, que les Japonais se mettent au yonkoma. En effet, l’occupation américaine leur permet de découvrir les comic strip, ces bandes dessinées de quelques cases que l’on trouve essentiellement dans la presse quotidienne.
Très vite, les mangaka adoptent cette forme de récit, pour mettre généralement en scène leurs personnages principaux, sur un ton humoristique, indépendamment du genre de la série. Par exemple, Kohske s’amuse en s’imaginant ce que pourrait penser Warwick de l’adaptation en animé de Gangsta :

yonkoma extrait du volume 7 de Gangsta de Kohske

Mais ces yonkoma servent aussi d’espace à l’auteur pour s’adresser directement au lecteur.

Pour écrire un yonkoma, il faut maîtriser le rythme particulier de ce manga qui est le kishotenketsu (起承転結).
Le Ki (起) introduit l’histoire.
Le Shō (承) développe cette histoire en apportant quelques détails.
Le Ten (転) crée la rupture. C’est la case où l’évènement imprévu se produit.
Le Ketsu (結) termine l’histoire, par une chute ou juste une conclusion.
Cette structure n’est pas propre au Japon. Elle est également très utilisée en Chine, en poésie notamment.

Le premier yonkoma parait dans la presse en 1946. Au sortir de la guerre, c’est une jeune mangaka de vingt-cinq ans, Machiko Hasegawa, qui prend le crayon pour donner naissance à la famille Isono, dans le très célèbre Sazae-san. Elle raconte alors le quotidien de Sazae Fuguta, née Isono, de son mari et de leur fils. Ils vivent chez les parents de Sazae, avec son petit frère et sa petite sœur. Cette famille un peu barrée a connu (et connaît toujours) un succès monstre au Japon, alors qu’elle est quasiment inconnue chez nous !

La mangaka dessinera les aventures de cette famille de 1946 à 1974. On aurait pu s’attendre à ce qu’un manga dont la dernière histoire a été publiée il y a plus de quarante ans soit tombé dans l’oubli. C’est sans compter l’anime ! Les Isono débarquent sur petit écran dès 1969 et ne sont jamais partis !

Le tour de force tient au fait que depuis quarante-huit ans, les Japonais se réunissent devant la télévision chaque dimanche soir pour suivre les aventures de cette famille. Aventures qu’il est impossible de trouver ailleurs car il n’existe ni VHS, ni DVD, ni Blu-Ray… Plus fort encore, il n’y a jamais eu aucune rediffusion ! Oui oui, vous avez bien lu… Depuis 48 ans, chaque dimanche soir, les Japonais découvrent des aventures inédites des Isono. Bon, inédites, c’est vite dit. En effet, l’absence d’enregistrements et de rediffusions permet de reprendre plusieurs fois les mêmes gags sans que personne ne s’en rende compte (et même si cela arrivait, personne ne dirait rien, car on ne touche pas à ce monument qu’est Sazae-san !)
48 ans = 2498 épisodes. Sachant que chaque épisode met en scène 3 histoires, on est à 7 488 yonkoma ! Je vous mets au défi de vous rappeler de chaque gag, que vous n’aurez vu qu’une fois !

yoncoma du 4 juillet 1962

L’anime a plusieurs autres particularités intéressantes. L’animation est toujours faite de manière traditionnelle, refusant de se plier au numérique. C’est la même seiyuu qui double Sazae depuis le tout début. Elle avait 30 ans au début et cela a été son seul rôle. L’anime a su traverser les générations en racontant le quotidien de cette famille et réunit encore aujourd’hui petits et grands, chaque dimanche soir, de 18h30 à 19h.

Si vous voulez découvrir le genre, en France, vous pouvez trouver facilement Nos voisins les Yamada d’Ishaichi Ishii.

En attendant, j’ai mis au défi Chidori de dessiner un yoncoma. Cela n’a pas été facile pour elle, qui a tendance à bien aimer délayer.

Je vous laisse donc sur cette petite histoire et vous donne rendez-vous dans 15 jours pour Manga Creil !

 

2 Commentaires

  1. Une case de plus que dans la +part des strips alors. Bon sinon ça s’appelle comment la case sur le côté gauche de la page de gauche où le mangaka explique que le personnage a tel groupe sanguin ou que lui-même adore manger des pizzas en dessinant ?

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