Petite histoire de croyances japonaises : Shintô et Bouddhisme

Amateurs de mangas et d’animés, vous avez tous pu observer l’omniprésence de la religion dans le quotidien des Japonais. Les temples sont légions, et les bénédictions habituelles. En Europe, il existe une vrai séparation entre la vie quotidienne et la vie religieuse. Au Japon, cette rupture n’existe pas et la foi, l’imagerie religieuse imprègne le quotidien. Kitsune, tanuki et shinigami sont des références normales dans le langage de tous les jours.

 
 

Au Japon, deux religions dominent : le Shintô et le Bouddhisme. Même s’il est assez dur d’appliquer le terme “religion” au Shintô. Il n’y a ni Dieu, ni code éthique, ni dogme métaphysique qui se dégagent de manière claire. Le Shintô est plutôt une conception intuitive de l’univers, et plus particulièrement du rapport de l’être humain à son environnement humain (la société), naturel (la Nature) et supranaturel (toutes les conceptions métaphysiques telles que les kami, les yôkai, les yurei, etc.)

D’ailleurs, la notion de religion n’a été introduit qu’au XIXe siècle dans leur vocabulaire, grâce au terme shûkyô. C’était surtout dans un soucis de communication avec le monde occidental. Même la notion de Shintô n’a été créée que lorsque la croyance des Japonais s’est retrouvée face au Bouddhisme !

Je vous disais dans un article précédent que j’avais été assez étonnée de la facilité avec laquelle les Japonais passent du shintoïsme au bouddhisme. Ils n’hésitent pas à adopter la croyance qui convient le mieux à ce qu’ils cherchent sur le moment. En fait, très vite quand le Bouddhisme a fait son apparition au Japon, les deux religions se sont mélangées et ce, dès le VIe siècle. Les prêtres naviguaient d’une religion à l’autre sans problème et même certains Kami ont été assimilés à des Bodhisattva ! La coopération entre les deux religions s’est faite pendant plusieurs siècles, avant que les choses ne se gâtent de manière progressive.

Au XIVe siècle, les Shintoïstes ont commencé à s’inquiéter de la place que commençaient à prendre le Bouddhisme. Mais ce n’est que quelques siècles plus tard, au XVIIe siècle, qu’ils ont lancé un mouvement de purification des temples Shintô, effaçant les traces du Bouddhisme dans ces bâtiments. En 1868, le Shinbutsu Bunri, ou réforme Meiji, impose une séparation plus franches entre les deux religions.

Le Shintô a connu un autre coup dur après la Seconde guerre mondiale.
En effet, les Américains ont jugé que cette croyance était une des raisons pour laquelle les Japonais n’ont pas eu d’hésitation à sacrifier leur vie, devenant des kamikazes.
Bien avant qu’il ne prenne le sens qu’on lui connaît aujourd’hui, on désignait par kamikazé le vent violent qui soufflait sur la province d’Ise et le sanctuaire d’Amaterasu. D’ailleurs, en s’intéressant de près aux kanjis du mot, on s’aperçoit que littéralement, cela veut dire “vent divin” [(神風?, de かみ (kami) « dieu » et かぜ (kazé)). Pendant longtemps, le terme fut employé pour désigner les événements considérés comme étant des interventions divines. En 1944, le terme fut utilisé pour nommer la première unité d’attaque spéciale. Mais seules quelques escadrilles ont porté le nom de kamikazes.

En tout cas, cela fut suffisant pour que les Américains décident que le Shinto était une des causes du comportement des Japonais. Alors, pendant l’occupation militaire, ils ont interdit l’étude des textes sacrés. Les fonctionnaires n’avaient pas le droit de participer aux cultes shintoïstes, quels qu’ils soient. Cette période a créé une rupture. Les générations suivantes n’avaient plus la même vision du monde et les traditions Shintoïstes ont pris moins d’importance dans le quotidien des Japonais.

Pourtant, aujourd’hui, on assiste à un lent retour aux traditions, alors que le Shintô regagne progressivement ses lettres de noblesse.

Pour vous familiariser en vous amusant avec le bouddhisme, Le Potager enchanté vous conseille la lecture des Vacances de Jésus et Bouddha

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